Choose your language: FRE ENG
 
Interview  
Entretien avec Elodie Francheteau
A la rencontre d’une visionnaire

Par Morgane Bihoreau à Paris, le 12 décembre 2009.

Elodie Francheteau, chorégraphe et interprète est aujourd’hui une réalisatrice reconnue. Avec ses deux premiers courts métrages, Appartement 27 et Tocqueville, Elodie Francheteau a su montrer son talent tant aux plans artistique et esthétique que professionnel du domaine de la réalisation cinématographique.

La jeune femme, diplômée du Conservatoire National de Danse de Paris (CRR), affirme depuis 2006 une volonté de montrer son talent par le biais de l’image. Son travail se focalise sur les sentiments, les sensations et le corps d’une part et sur les relations humaines d’autre part. Le choix du support audio-visuel comme vecteur de son art coule de source. Née d’une volonté de faire connaître un autre outil de langage à part entière dans un univers où la danse contemporaine n’a pas encore sa place, la démarche d’Elodie est surtout de développer son travail par la rencontre du corps, de l’esprit et de l’image.

Avec Appartement 27 et Tocqueville, Elodie a su montrer que la danse par l’image va au-delà de la scène et donne de nouvelles perspectives. Le film permet d’explorer plus loin le geste et les émotions, sous des angles de vues différents.  Déjà les lieux ne font qu’accroître les possibilités d’ambiances. Ensuite les prises de vues sont autant de suggestions d’atmosphères que de révélations de sentiments.

Dans Appartement 27, le rêve et le bizarre se mêlent aux situations d’existence au travers des relations entre les hommes et les femmes. Ces dernières exacerbent leur féminité jusqu’à la déchéance. Les plans et les couleurs touchent jusqu’à créer une sensation de malaise amenant le spectateur au questionnement. C’est ainsi que le travail de réalisation prend tout son sens. En effet, il n’y a pas de réponse à toutes ces questions mises en évidence. Pourtant l’idée du film conduit à émettre des hypothèses, à tenter de trouver des réponses issues de ses propres expériences.

L’histoire de Tocqueville saisit par son cheminement. D’abord, la naissance de l’être au milieu d’une forêt comme autant de sensations originelles entre nature et pureté. Ensuite, l’évolution de l’âme avec l’épanouissement des relations. Puis, la frustration et le déséquilibre des sentiments mis au plan du huit clos par contraste avec la première partie : prises de vue en intérieur ; cadrages focalisant sur les corps et les visages, unicité des couleurs. La touche persistante de vert pelouse rappelle néanmoins l’origine de l’âme. Enfin, le retour aux sources offre le dénouement telle la bouffée d’air pur. Au centre de ce triptyque, la femme, être complexe, étonnant et insaisissable qu’Elodie aime explorer.

Quand Elodie crée, l’association de personnes à son projet se fait au feeling ; connaissances, rencontres, coups de cœur. Pour elle, il n’y a pas de casting idéal, de présélection, encore moins d’audition. Il faut la toucher. La jeune femme est sensible aux gens de terre, aux corps et aux musculatures encrées dans le sol. C’est en effet ce que sont les danseurs interprètes qui évoluent auprès de la réalisatrice dont le troisième film est en cours. Dans Land Lost, Elodie Francheteau invite à un voyage fantastique entre conte de fées et science fiction. Nostalgie infantile et exploration futuriste plantent le décor de cette nouvelle œuvre. Quelle impatience d’en découvrir les images !

 
Nouveau titre